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  • virginiecrouy

"La meilleure façon de sortir d’un lieu est de le traverser" (Robert Frost)



Il arrive que je voie venir dans ma roulotte des personnes qui semblent être au bout du rouleau. Qui voudraient qu’on les débarrasse de ces émotions qui dérangent. Des personnes qui vivent des deuils, des changements de vie et qui aimeraient être déjà de l’autre côté…


Vivre ces moments compliqués n’a rien d’une sinécure, je le comprends aisément. Les émotions torturent, elles peuvent miner des journées entières et nous faire ruminer durant des semaines, des mois. Le corps s’en mêle (s’emmêle ?) et tout devient plus difficile encore, le sommeil prend la fuite, la digestion s’enraye, les maux divers s’invitent à notre insu… Il est temps alors… de prendre son temps ! La phrase de R. Frost est une manière de comprendre qu’une expérience à vivre… doit être vécue ! Il n’y a pas de pilule miracle pour faire un deuil en accéléré, surmonter un burnout en vitesse rapide, venir à bout d’un problème de poids en quelques jours. La part d’acceptation de cette réalité est souvent la plus grosse partie du travail à réaliser sur soi. Je répète souvent cette phrase à mes patients : Ce à quoi on résiste persiste. Il s’agit ici de lâcher prise, d’embrasser l’événement qu’il faut métaboliser pour grandir un peu plus.


Alors, en admettant que nous puissions trouver un écho à l’acceptation de ce moment de vie, il reste un beau travail à faire pour cheminer et apprendre au travers de ce qui est à vivre. Traverser le lieu qui nous est proposé, cela signifie se mettre à l’écoute de soi : de ses sensations, de ses peines, de ses émotions, de ses réactions corporelles et psychologiques. Traverser un lieu, c’est prendre le temps d’en observer les paysages, sentir les odeurs, écouter les bruits. Souvent, les périodes difficiles se traduisent par un besoin de se poser, de prendre du temps pour soi. Sans doute, la vie est assez bien faite pour nous apporter ces moments lorsque nous nous sommes trop perdus de vue… Alors pourquoi ne pas saisir la perche et, au lieu de vouloir à tout prix passer au plus vite à l’étape suivante, profiter de ce temps suspendu pour apprendre, se reconnecter à soir, acquérir de nouvelles compétences… Faire de cette période particulière où l’on est obligé de porter son attention sur l’intérieur, un moment privilégié de croissance personnelle.


Beaucoup ont été bouleversés par les confinements successifs. Cette période où chacun s’est retrouvé face à soi a souvent bougé les lignes et apporté son lot de questionnements. Et si, derrière l’apparente solitude imposée, on avait là une occasion formidable de rebattre les cartes, de repenser sa vie pour l’orienter davantage vers ce qui nous fait vibrer ? Et si dans des événements de vie que nous qualifions de façon souvent négative, se trouvaient des opportunités cachées qui nous ramènent simplement vers nous-mêmes ?


Peut-être alors pourrions-nous nous autoriser à prendre les choses comme elles viennent, à accueillir ce qui nous est proposé sans chercher à y résister. Faire le voyage et profiter de chaque instant, si inconfortable puisse-t-il sembler, pour se donner la possibilité de trouver les pépites qui se présenteront sur le parcours, au moment où nous aurons enfin lâché prise… ?

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