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L'espace pour se déployer



Le temps Outre-Atlantique

Lorsque je suis revenue en France avec mon diplôme canadien en Sciences infirmières, après 18 mois de navigation en famille autour de l’Atlantique, j’ai été confrontée à une réalité difficile. Lors de mes études à l’université @McGill, on m’avait appris l’importance du soin dans l’écoute, la bienveillance. J’ai durant des mois accompagné en stage une infirmière « communautaire », qui visitait ses patients à leur domicile, avec un grand degré d’autonomie et un temps qu’elle pouvait organiser comme il lui semblait juste. Elle le prenait, ce temps. Elle écoutait les personnes dont elle avait la responsabilité, effectuait ses évaluations, orientait les soins et les coordonnait auprès des professionnels les plus adaptés. Toutes les dimensions du patient étaient prises en compte, pas seulement les aspects physiques, et elle pouvait faire appel aux membres de la famille pour appuyer ses interventions quand c’était nécessaire.

 

La valeur du temps donné

De retour en France, j’ai dû me confronter à d’autres aspects de ce beau métier. J’ai dû faire reconnaître mon diplôme et cela nécessitait, à l’époque, un stage de 3 mois à faire à l’hôpital en France. Cela a constitué pour moi une expérience à la fois très riche et très douloureuse. Riche parce qu’il s’agissait d’apprendre les rouages d’un autre mode de fonctionnement : le système de santé français, et dans une autre langue que ma langue d’apprentissage : le français et non plus l’anglais. Douloureuse parce que j’ai été confrontée à un monde hospitalier qui est devenu sujet à des tensions financières telles que le sens se perd dans le soin. J’ai donc dû un matin, à l’issue d’un mois de stage dans un service de médecine interne, prouver mes compétences en réalisant les « soins » auprès des patients dans un couloir du service. Je devais, pour cela, prendre les constantes de chaque personne, et quand c’était nécessaire, mesurer la glycémie pour administrer l’insuline avant le petit déjeuner des patients qui en avaient besoin. Derrière moi, la salariée chargée de distribuer les repas attendait. Est arrivé ce moment horrible où la patiente dont je m’occupais a fondu en larmes. J’ai dû, impuissante, m’excuser de ne pas pouvoir être là pour elle, parce que les plateaux déjeuner attendaient les patients suivants. Et je suis partie, la laissant dans son désarroi… Je n’étais plus du tout alignée avec les valeurs qui m’avaient fait choisir cette profession, pour être là auprès des patients qui avaient besoin de mon écoute, mon attention et pas juste de mes soins infirmiers…

 

Et si le bien-être passait par l'écoute ?

On s’interroge aujourd’hui beaucoup sur le manque d’effectifs dans les hôpitaux. Sur le désengagement des soignants, sur le nombre croissant des burnout. Pourtant, le constat que j’ai fait ce jour-là dans l’hôpital est édifiant : on a oublié que le soin de personnes qui ont des problèmes de santé passe par l’espace de temps que l’on peut leur offrir pour se déployer, pour se raconter, pour simplement être. Oui, je suis une douce rêveuse. Je rêve que chacun, dans le système de santé, dispose de cet espace de bienveillance, d’écoute, de partage indispensable au bien-être mental. Les patients comme les soignants, d'ailleurs. La logique consumériste trouve ici ses limites: si le temps, c'est de l'argent, en manquer peut amener à bien plus que des problèmes financiers !

 

On me demande parfois pourquoi mes séances d’hypnose et de hytsu durent 1h30 et non 1h comme la plupart des thérapeutes. La raison se trouve précisément là : dans cette recherche d’espace pour l’autre. Chaque personne qui passe la porte de ma roulotte a la possibilité de se déployer, de prendre ses aises émotionnellement pour se sentir accueillie. Lors d’une séance, il est très fréquent en effet que la personne qui me sollicite éprouve une émotion forte qui le fasse pleurer. Elle a alors besoin d’un moment de silence et d’accueil tranquille pour pouvoir dépasser l’émotion qui la submerge, et en apprendre ce qui doit être retenu. Sur une heure, je n’ai pas ce temps : le déroulement de la séance est en effet trop contraint pour permettre d’intégrer sereinement ces temps qui peuvent être plus ou moins longs. De la même façon, si l’inconscient du patient montre des résistances lors du protocole en hypnose, je dois prendre le temps de trouver d’autres chemins pour lui permettre d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixé. Cela demande du temps, qu’il est impossible de prévoir à l’avance. Alors je laisse un espace assez grand pour l'autre afin de lui permettre de se dire, d'être et d'exprimer ce qui a besoin de l'être, en toute bienveillance. C'est à mon sens un outil indispensable dans le soin que je propose, c'est ma liberté de thérapeute et ce qui fonde le sens de mes interventions.

 

Offrir l'espace pour être, simplement

Je constate que beaucoup de problématiques en santé mentale sont issues d’un manque d’espace, de temps, d’accueil de ce qui nous pose problème. Sans oreille attentive, sans regard extérieur, il est parfois difficile de comprendre ce qui est vécu. Il est donc important de faire de l'espace, de permettre aux émotions de s’exprimer librement. Le hytsu, qui est le soin que j’ai inventé et combine hypnose et shiatu, consiste donc à prendre 30mn en début de séance pour laisser le patient décrire le contexte émotionnel sur lequel il a besoin de travailler en hypnose durant le shiatsu. Cette étape symbolise bien l’importance d’identifier les blocages, les croyances à dépasser pour favoriser le bien-être émotionnel et mental qui va accompagner le bien-être physique. Tout est là, dans le moment proposé pour se dire et déposer ce qui doit l’être.

 

Pour que l’on ne se contente plus d’envisager la santé comme un objectif à atteindre dans un espace-temps rabougri où le patient n’a plus de place…

 

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